Entre fascination et obsession....

Addiction

le 16/03/2007 à 11h37
Comme promis je vous met le texte que j'ai écrit pour le concours Nouvelles de Bordeaux. N'hésitez pas à me laisser des comm' pour me dire ce que vous en pensez, que ca soit positif ou négatif




ADDICTION

            Ma vie se résume à peu de choses, non qu’elle fut malheureuse, sans aucun évènement marquant ou rebondissement d’aucune sorte, mais vivre dans l’ombre d’une sœur adulée par sa beauté et son intelligence démesurée et être confronté à des parents dont les mœurs datent de quelques décennies n’aide pas, avouons-le, à rendre très attrayante une vie comme la mienne. Je ne sais si je puis affirmer ou non avec certitude si mon enfance fut ennuyeuse ou d’une banalité effroyable, n’ayant pas de possibilité de comparaison : ma courte vie n’a été que solitude et c’est elle qui a glissé sur moi plutôt que moi sur elle. J’ai compris très jeune une vérité qui est toujours d’actualité : écoute mais ne parle pas, pense mais ne t’exprime pas. Si quelque chose te déplait, ou te révolte, débrouille toi pour régler ce problème ou t’en libérer de quelque moyen que se soit sans que quiconque autour de toi ne soit au courant. Et surtout pas les adultes. Ainsi, tu vivras mieux, loin de tout soupçon, et donc loin de tout reproche, moquerie ou vindicte familiale. On me prend souvent par conséquent comme un jeune homme timide et renfermé, un peu spécial de part mon mutisme. Peut être un jour mes parents m’ont-ils cru un brin attardé. Peut être avaient-ils raison. Je sentais qu’une part de moi, celle qui était refoulée, menaçait dangereusement et un peu plus chaque jour d’envoyer valser autour de moi toutes leurs conventions, leurs idéaux, leurs règles : mon penchant pour le morbide a toujours été bien caché par mes soins. Mes paternels, m’enfermant de leur monde aristocratique et vaniteux, m’ont ainsi aidé à refouler dans mon inconscient toutes mes tendances gothiques, et même plus, sanguinaires, sataniques. Peut être est ce l’effet de mon éducation : s’éloigner, se détacher de l’autorité et des envies parentales en devenant ce que mes parents ont toujours craint. Leur intolérance m’a toujours fait doucement rire, et leur peur de tout ce qui n’était pas conventionnel à leur monde m’a sans aucun doute poussé dans cette voie.

            Si j’en avais eu le pouvoir, les capacités intellectuelles, et surtout le financement par mes parents, la fac de médecine après mon bac aurait était ma plus grande joie dans ma vie monotone. Etudier ces corps dépourvus de vie, les disséquer. Les voir se vider de leur sang petit à petit, inhalant cette odeur de rouille, et presque sentir ce goût dans ma bouche…

Mais volonté patriarcale oblige, ma voie devait se tracer dans une faculté de droit, mon père espérant secrètement que, malgré mes supposés incapacités mentales, je pourrais un jour devenir un semblant d’avocat. Ainsi devait se fixer ma vie.

                       

            C’est ce jour de novembre que ma vie a basculé. La première - et unique fois - où je l’ai vu. Rendez vous classique chez un dentiste tout aussi banal. Nous étions plusieurs patients, trois pour être exacte, dans cette salle exiguë où l’air était continuellement remué par le passage énergique des assistantes du docteur. Elle était allongée là, sur ce fauteuil de cuir blanc, établissant ainsi un violent contraste avec sa tenue entièrement noire. Elle représentait tout ce que j’avais toujours désiré être au plus profond de moi, de sa pâle et froide beauté à ses vêtements des plus gothiques : elle était moi en version féminine. Sa coiffure exquise, deux petites couettes reposant sur le reste de sa chevelure brune, retenues par deux petits noeuds noirs, sa robe sombre imprimée de quadrillage gris commençant par un bustier et finissant par une jupe courte à volants, ses collants résilles et ses longs bas noirs sur ses jambes si fines, terminées par des pieds sans nul doute délicieusement ravissants mais cachés dans de gros souliers noirs à semelles compensées, tout en elle m’attirait et m’enivrait. Je n’avais d’yeux que pour elle, et mes différentes tentatives pour poser mon regard sur autre chose que son corps si agréable à contempler échouèrent, la faute aux nombreux miroirs qui encadraient la pièce et qui me renvoyaient sans cesse à l’objet de ma contemplation et de mon désir naissant.

Elle, ne bougeait guère, restant couchée, les yeux plongés dans le vague, soit parce qu’elle devait être sous l’effet de sa musique qu’elle écoutait, soit parce qu’elle sentait, gênée, le regard insistant du jeune homme assis sur un autre fauteuil blanc à quelques pas d’elle. Dans les moments où elle restait immobile, son teint de cire et ses vêtements si atypiques me ramenait aux jeux préférés de mon enfance, alors que ma sœur collectionnant poupons et autres faux bébés, retrouvaient ces derniers bien souvent décapités ou complètement scarifiés par mes soins. Elle aussi ressemblait à ces poupées là, que j’aimais tant torturer dans mon enfance, à un détail près : celle-ci était réelle. Elle bougeait, parlait – le son de sa voix était d’ailleurs tellement exquise que j’en éprouvait des frissons à chaque fois que ce son cristallin s’échappait de ses douces lèvres à la tendre chaire rose ; elle respirait, signe de la présence certaine d’un cœur, et donc, de quelques cinq litres de sang frais bouillonnant dans son cors si désirable… Mon esprit s’égarait, chavirait, ne pouvant résister plus longtemps à l’appel de mon envie interminablement refoulée. Il fallait que je la touche, il fallait que je sente sur mon corps la froideur de ses membres. Il fallait que je la serre contre mon cœur, et que je la garde ainsi pour l’éternité, enfermée dans l’étau de mes bras pour ne plus jamais qu’elle s’échappe. Il fallait qu’elle m’aime ! C’était un point sur lequel je ne pouvais me permettre aucun échec, peut être la seule chose que j’aboutirais jamais dans ma vie, l’accomplissement de mon existence esseulée ! Il fallait qu’elle m’aime !

            La tête me tournait à présent si fort, un profond vertige m’ayant envahi, je n’avançais plus qu’au radar, elle seule apparaissant sur mes écrans de contrôle. Tout en la suivant à la sortie de chez le dentiste (le hasard ayant bien fait les choses, nous sortîmes pratiquement en même temps), je réfléchissais au meilleur moyen de la convaincre de m’aimer, quoique cela ne devait pas poser de problèmes puisque cela était une certitude, un fait établi : elle m’aimerait, mais je ne voulais pas l’effrayer, ni la faire fuir avant qu’elle ait pu se rendre compte de l’amour que je pourrais lui donner et qu’elle-même allait très vite éprouver pour moi. C’est alors que nous arrivâmes dans une ruelle sombre parallèle à la grande artère que nous venions de quitter, et je compris que je tenais là ma seule chance d’agir en la voyant sortir ses clés de son sac. Quelque chose tomba de sa besace, elle s’arrêta pour le ramasser et j’en profitais pour m’avancer à pas de loup derrière elle et l’attraper, encerclant sa taille dans mes bras de fer. Elle fut surprise, son cœur s’accéléra et, son corps tout entier se figeant, elle essaya de tourner la tête pour voir qui l’enlaçait ainsi, sans doute pensait-elle connaître celui qui la tenait ainsi. Mais je voulais d’abord lui parler, la rassurer, avant qu’elle ne puisse voir mon visage, la crainte qu’elle s’enfuît devant moi parce que je lui étais inconnu me rongeant corps et âme. Pourtant l’air me manquait, et je fus incapable de prononcer la moindre parole. Voyant que je ne réagissais pas, elle commença à se débattre. Je l’enlaçais plus fort, et plongeais ma tête dans son cou et ses cheveux, respirant l’odeur de sa peau si enivrante, le souffle court et erratique. La belle tentant en vain de se dégager, ne comprenant pas ce qui lui arrivait et n’obtenant aucune information de ma part, me griffa les bras de ses grands ongles noirs jusqu’au sang et se débattit violemment, mais je ne lâchais pas prise, me raccrochant à elle comme un noyé à sa bouée. Alors elle hurla. Un cri perçant, murmure prenant naissance du fond de ses entrailles et qui s’échappa de ses lèvres en  un hurlement douloureux et désespéré. Et tout se passa si vite, trop vite pour que je prenne conscience avant la fin que tout allait s’achever trop vite et que je n’aurais pas la fin que j’avais escompté et si bien préparé dans ma tête pour cette histoire. Elle me mordit, me gifla avec son sac et pour finir, je reçus un violent coup de pied dans la jambe gauche. Surpris et déséquilibré, je vacillais, tombais presque et lâchais sa taille l’espace d’un instant où elle en profita pour me glisser entre les mains et s’enfuir. Je pris vaguement conscience de mouvements dans la rue et les maisons alentours –les lumières qui s’allumaient, les gens qui sortaient, alertés par son hurlement, mais je restais concentré sur mon objectif, mon amour qui s’éloignait ; je réussis néanmoins à la rattraper en quelques pas, alors qu’elle pleurait en criant des choses incompréhensibles, et en s’effondrant à moitié quand je me collais contre son dos. Des bruits de pas derrière moi, le bruit d’une arme qu’on charge, le cri de colère émanant d’une voix masculine me firent faire volte-face, le frêle créature toujours contre moi. Mais ce fut là ma plus grosse erreur. Je n’entendis que le bruit de la détonation, mais ne ressentis aucune douleur. En revanche, je sentais du sang coulait sur mes mains et le long de mes bras, et ma chère et tendre créature s’affaissant, glissant sur moi. Je la retournais lentement devant moi de manière à voir son visage : il s’était transformé en une grimace confuse d’incompréhension et de douleur. Comprenant qu’elle m’avait servi de bouclier humain et avait reçu la balle à ma place, je l’allongeais délicatement sur le sol, mes propres larmes coulant et diluant un peu le sang de sa poitrine. Quand je sentis, alors que le bruit ne m’atteignit pas, une fulgurante brûlure transpercé mon dos et mes omoplates, et  comprenant que j’étais alors moi aussi condamné, je m’allongeais à coté d’elle sur le sol, insensible aux hurlements qui émanaient du monde nous entourant, et la prenant dans mes bras, pleurant toutes les larmes du monde devant ce bonheur à peine consommé mais déjà achevé, je lui offris comme dernier son qu’elle entendrait celui de ma voix lui récitant un poème :

 

 

 

J’ai rêvé de ta mort

Toi mon ange noir

Oh peine, oh désespoir

Pourquoi faut-il que je dorme encore ?

 

J’ai rêvé de ta mort

Dans l’obscurité d’un ciel nuageux

J’ai rêvé de ta mort

Sur le pont naufrageur d’un bateau mystérieux

 

J’ai rêvé de ta mort

Triste film noir et blanc sans parole

J’ai rêvé de ta mort

L’écho seul de mes pleurs répondant au silence

 

J’ai rêvé de ta mort

Autour de mon cœur l’étau se resserre

J’ai rêvé de ta mort

De toi, et de tout l’univers.

 


Commentaires

Avatar de alakazam

Here's my card...

Par alakazam le 20/08/2008 à 19h07

J'aime beaucoup ton texte, les descriptions et les états de pensée du narrateur sont superbement bien décrites, sans pour autant ajouter de la lourdeur au texte. J'aime beaucoup les histoires aux personnages à l'esprit torturé ^_^ Cest vraiment très bien !

Par greatgirl le 17/05/2007 à 16h31

je ne sais pas, je n'ai pas encore recu de réponse^^ je te dit ca dès que j'ai des nouvelles

Par a casual reader le 17/05/2007 à 01h00

hello,
je participe moi aussi au concours nouvelles de bordeaux, as tu été retenue ou pas ?...

Par raffi le 21/03/2007 à 14h55

lool!mm pas^^j'ai l'habitude d'utiliser cette expression sous cette forme^^
j'ai pas l'esprit aussi tordu et pervers que certain^^(souvenir d'une discussion qui a tournée vers des marionnettes assez douloureuses a évoqué^^...ainsi font font font les pitites marionnette))xpdr!!!!

Par nadeline le 20/03/2007 à 22h54

"ça nous permettra de nous rapprocher un ptit pieu"

Par nadeline le 20/03/2007 à 22h54

*** Rafael a dit " ç

Par nadeline le 20/03/2007 à 22h53

Se rapprocher un petit pieu... lapsus révélateur ??? mdrrrrrr ! N'empêche que c'est bien tombé !!! lol !

Par raffi le 20/03/2007 à 16h01

clur que c'est sympa ton ptit truc^^(mais bon pareil que la nadeline ta eut ma réac en direct)
et pareil pr les lettres (bien que se soit un peu un truc de planqué...^^) au moins tu te prendras plus trop la tete ac tes études et qui sait ça nous permettra ptet de nous rapprocher un ptit pieu mm si jviens pas sur lyon...(enfin ça sa dépend pas trop de nous...)

Par nadeline le 18/03/2007 à 21h44

Héhé bah moi jlai lu pr de vrai, de la main de l'auteur ^^ j'ai pris un autographe aussi :p
Nan mais ma Naurore tu sais déja tout ce que je pense de ce texte, t'as eu ma réaction ^^ En tout cas tu fais bien de reprendre les lettres toi !!! ça te vas bien c'est clair !

Gros groooos bizouxxx !!!

Par audy le 17/03/2007 à 17h44

j'en reste bouche-bée
c'est magique
en qq lignes tu arrive a nous transposer dans ton univvers et quel univers!!!!
je n'avai jamai douter de ton talent mai la ca surpasse tout!
tu ma foutu des frissons dan le dos (et dieu sai kil en fo plus)
toutefois jme demande d'ou vient le titre... (tentation? fascination?^^)
toutes mes felicitations
si avec ca tu gagne pas je sai pa ce kil leur fo!!!!!!!!!!!!



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